La complainte du (vrai) progrès au Repair Café

Vêtements, appareils électriques ou informatiques, objets en bois, jouets et bijoux… peuvent retrouver une seconde vie au Repair Café Phénix de Sceaux. Reportage, à l’Ile aux Ressources, où s’est tenue la session du 24 septembre dernier.

Il est 14 h et l’on se presse rue du Four, en quête d’un sauveur pour son « atomixer, sa tourniquette, son pistolet à gaufres, ses draps qui chauffent, un bel aérateur… », qui pourraient tellement servir encore, moyennant un p’tit coup de jeune. La chanson de Boris Vian trotte dans les têtes… Nous arrivons avec une bouilloire toute bête qui refuse de s’allumer. Trois personnes nous précèdent déjà, pour une petite voiture ancienne au mécanisme fatigué, une cafetière au circuit d’eau bloqué et un four à micro-ondes récalcitrant. Car ici, on répare ensemble et gratuitement tout ce qui peut échapper au temps, à l’obsolescence programmée, et être sauvé pour alléger les finances des particuliers, comme le bilan carbone collectif.

Olivier se débattant avec une bouilloire
Carmen, tenant le buffet du Repair café
Marie-Thérèse, en attente pour faire raccommoder son vêtement

Un atelier de réparation écologique, solidaire et convivial

Tel est le principe du Repair Café, un atelier de réparation écologique, solidaire et convivial où l’on peut apprendre à réparer pour être autonome. Cette initiative citoyenne a été lancé au départ par trois Scéens, Fabien Chiché, Céline Maillard et Catherine Maulpoix et compte aujourd’hui une vingtaine bénévoles.

« Un beau mélange de partage d’expérience et de bienveillance » – Céline Maillard


« L’idée est née en 2009 aux Pays Bas, en réponse à la crise environnementale, avant de se répandre comme une trainée de poudre, notamment en France et jusqu’à Sceaux », explique Catherine Maulpoix. « Le premier Repair Café, précise Céline Maillard, a été lancé le 5 mars 2017, après une bonne année de différentes recherches « . « Il y a avait déjà à l’époque quelques Repair Café dans les villes voisines notamment à Paris , dont nous sommes un peu inspirés. L’idée était de lutter contre l’obsolescence programmée, réparer au lieu de jeter, créer du lien social et intergénérationnel, autour d’un café. Un beau mélange de partage d’expérience et de bienveillance« .

Lors de chaque Repair Café il y a environ une quarantaine de demandes de réparations, petit électroménager, jouets, vêtements , bijou, bois et informatique.« Plus d’une tonne de matériel a déjà été sauvée par les réparateurs de notre association avant la crise sanitaire, qui a freiné un temps notre activité », ajoute Catherine. Mais l’oiseau de feu a retrouvé de sa superbe et les ateliers ont repris de plus belle, ici rue du Four, plus tard dans l’année au CSCB, dans les locaux de Sceaux Smart, de la MJC, aux Garages, à la rencontre de tous les publics.

Prochain Repair café : 26 novembre 2022

Qui tentera donc de réparer notre bouilloire, un beau modèle en inox tombé en panne au bout de deux ans, juste après la fin de la garantie (évidemment !) ? Olivier propose de s’en occuper. Cet ingénieur à la retraite a rejoint l’équipe du Repair Café voici plus d’un an « pour aider des personnes démunies devant la technique, prolonger la vie des objets, mettre les mains sous le capot » comme il aime, explique-t-il. Il commence à tester les connexions au voltmètre et ne trouve rien de méchant a priori. Il ouvre la bête pour mieux comprendre. Tout est en place… mais rien ne se passe et c’est la résistance qui a lâché, comprend-t-il finalement. Impossible à changer.

Bertrand, le co-équipier d’Oliver, ingénieur dans l’automobile, est du même avis et notre bouilloire ne sera donc pas sauvée. A l’impossible, nul n’est tenu… « Vous l’allumiez souvent à vide ? » nous demande-t-il ? Oh, cela a pu arriver…  Voilà ce qui accélère le vieillissement des résistances, apprend-on. A défaut de repartir avec un appareil qui fonctionne, on en sait plus pour prolonger la vie du prochain. Notre voisine a plus de chance que nous, avec la petite voiture en métal qui roulera vaillamment, moyennant quelques soudures.


Un esprit « upcycling » et zéro déchet.

Avant de repartir, nous passons voir l’atelier couture dans une pièce à tenante, et découvrons Geneviève, musicienne et couturière, qui s’affaire devant une machine à coudre au côté d’Hervé, ingénieur, préparant un ourlet. Adapter la taille d’un vêtement, repriser, relooker… ils savent faire dans un esprit « upcycling » et zéro déchet. Sylvie, l’artiste du groupe, graphiste et professeur de peinture, crée justement de magnifiques empiècements thermocollés, sous les yeux admiratifs de Marie-Thérèse, une habituée du Repair Café. « J’ai toujours quelque chose à réparer, à recoudre et je ne sais pas forcément le faire », reconnaît-elle. Ce qu’elle aime avant tout : partager un moment avec d’autres bénéficiaires et les bénévoles de l’association.

Ici, on crée aussi du lien

Car ici, on crée aussi du lien. C’est l’autre dimension de ces ateliers pas comme les autres, dont l’appellation « café » n’est pas un vain mot. Qu’à cela ne tienne. A quelques mètres, Carmen, membre actif de l’association depuis l’origine, a garni un buffet de biscuits maison et fait couler le café. « Je ne sais pas réparer mais j’aime cuisiner et je communique mes bonnes recettes. » Cette assistante maternelle mesure le besoin de contacts humains des nombreux visiteurs, pouvant souffrir de solitude à tout âge de la vie, et savoure de bons moments d’échange avec tous ceux qui prennent le temps de se poser, en attendant leur tour ou après une réparation.

Le Repair Café Phénix, c’est toujours « beau comme une rencontre fortuite, sur une table de dissection, d’une machine à coudre et d’un parapluie », comme disait Lautréamont, étrangement futuristes. Inattendu et pour des lendemains possibles.

Pour tout renseignement, Repair Café Sceaux ou écrire à phenixrepairsceaux@gmail.com